La session de la chambre d’agriculture qui se déroulait le 13 avril à la Maison des Bordeaux de Beychac-et-Caillau, a été en grande partie consacrée à dresser des états des lieux.
Au stade départemental et statistique d’abord avec la photographie chiffrée de l’agriculture girondine, puis à l’échelon national et européen avec le décryptage des perspectives de réforme de la Politique Agricole Commune.

Les chiffres et les graphiques présentés par Philippe ABADIE, responsable du service Développement de la Chambre d'Agriculture, à la lumière des statistiques du dernier RGA montrent que plus de 4000 ha de vigne ont été perdus et une exploitation sur quatre a disparu entre 2000 et 2010. Et sur 9432 exploitations, plus de 4000 sont sans successeur connu. Autre fait marquant : les surfaces consacrées à l’agriculture ont diminué de 7 % en 10 ans. Cependant, malgré cette érosion des terres et des hommes, le potentiel de production est maintenu dans notre département.
> Coût de la PAC : moins de 0,5 % du PIB
Après ce constat Girondin, Thierry FELLMANN, responsable du Pôle Economique et Politiques Agricoles de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture a présenté dans le détail le projet de réforme de la PAC.
Ce dernier a d’abord procédé à une courte rétrospective sur l’intérêt de cette politique commune «la seule politique intégrée de l’UE» pour la France et l’Europe. Celle-ci a permis de passer d’un état déficitaire en matière agricole et alimentaire, à une situation d’autosuffisance et d’exportation. Grâce à la PAC, les consommateurs européens «bénéficient de produits alimentaires en quantité suffisante et de qualité». Thierry FELLMANN répond aussi aux éventuelles critiques sur le coût de la PAC : moins de 0,5 % du PIB (Produit Interieur Brut), ou 1 % des dépenses publiques des Etats membres.
> L’alimentaire, une valeur stratégique
Il s’avère aujourd’hui que l’alimentaire présente une valeur stratégique aussi bien pour la France que pour l’UE. Rôle économique et financier également : la France a réalisé en 2011 un excédent agroalimentaire de 11,4 milliards d’euros. La PAC affirme également la multifonctionnalité de l’agriculture, et représente une réponse à la «volatilité» des prix agricoles. Néanmoins on assiste à une érosion du nombre des exploitations agricoles, et à une forte variabilité du revenu.
Les instances européennes ont mis en chantier une réforme de cette PAC. Le processus en est à la phase des propositions législatives. Le compromis définitif pourrait cependant être reporté, de sorte que la PAC rénovée ne serait lancée qu’en 2015. Le débat s’inscrit dans la stratégie «Union Européenne 2020» qui vise, sur 10 ans, à relancer l’économie européenne en s’appuyant sur trois secteurs de croissance prioritaires :
> Les grands principes de la PAC
Les points clés des propositions législatives sont les suivants :
Le cadre financier est inscrit au même niveau que le précédent : 435 milliards d’euros pour 5 ans. «C’est une bonne base de départ mais on ne tient pas compte de l’inflation» a noté Thierry FELLMANN qui a remarqué à propos du maintien espéré de ce budget de la PAC : «ce n’est toutefois pas gagné». Le premier pilier de la PAC (FEAGA) bénéficierait d’une dotation de 317,2 milliards d’€, et le second (FEADER) de 101,2 milliards. L’OCM viticole disposerait quant à elle de, 8,6 milliards dont 2 pour la France.
> Fin de tous les quotas
Concernant la régulation des marchés et l’organisation économique, Thierry FELLMANN a souligné plusieurs éléments. Les achats publics et l’aide au stockage privé sont maintenus, ainsi que des dispositifs d’aide à la consommation (fruits et lait à l’école). Mais comme «d’une façon générale il est retenu ce qui va dans le sens des consommateurs», les quotas sucre, lait, et les droits de plantation sont supprimés - ce dossier semble cependant demeurer ouvert. En matière d’organisation économique, les propositions paraissent plus favorables aux producteurs puisque les organisations de producteurs pourront être reconnues dans tous les secteurs de l’agriculture. De plus ces OP auraient la possibilité de négocier les prix et les volumes dans la mesure où ces productions ne représentent pas plus de 3 % du marché. Cette disposition intéresse particulièrement les filières sous signes de qualité, mais il s’agit que la législation du droit à la concurrence suive.
> Des DPU viticoles ?
Le secteur de la viticulture est soumis à un régime spécifique : l’OCM (Organisation Commune de Marché) viticole. Une évaluation de l’OCM fait l’objet d’un rapport qui sera rendu à la fin de l’année. L’enveloppe dont elle bénéficie pourrait être prorogée jusqu’en 2018. La future OCM s’inscrivant dans la lignée de la nouvelle PAC, la viticulture tombe sous le régime de la convergence des aides, et pourrait donc prétendre aux DPU (droits à paiement unique). Les surfaces de vignes sont admissibles aux DPU depuis 2009, mais les propositions de la Commission visent au transfert définitif de cette mesure de soutien dans ce régime de paiement unique.
> Avant le 1er décembre
Les Etats membres devront décider s’ils optent ou non pour ces DPU avant le 1er décembre de cette année. Il est à noter que des Etats, notamment l’Espagne, ont déjà opté pour ces paiements. La France a jusqu’ici préféré la restructuration et les investissements. Pour les droits de plantation, 14 pays sont favorables à leur maintien, soit 255 voix sur 345. Il manque encore 33 voix pour faire bouger les lignes. Toutefois la Commission semble envisager une nouvelle proposition qui prendrait en compte les inquiétudes.
> Priorité au budget
Pour les Chambres d’Agriculture, la priorité est de défendre le budget européen dans le contexte de crise actuel. L’aide complémentaire verte annoncée est perçue positivement à condition qu’elle ne grève pas la compétitivité. C’est aussi le cas pour le maintien d’aides couplées. Quant à la convergence, «elle devra être progressive, les impacts seront importants en France dans chaque filière». Thierry FELLMANN ayant rappelé que l’un des objectifs était la simplification, a estimé «qu’il n’est pas sûr que la nouvelle PAC soit plus simple». «Il va falloir gérer la complexité» a-t-il affirmé. C’est aussi l’avis de nombre de responsables professionnels. Ainsi au moment des débats Emmanuel de MONTBRON, président du GPF Sud Gironde, n’était pas tendre pour la PAC. «C’est un système incompréhensible. Et qu’elle est l’efficacité de cette politique ? On l’a vu à travers les statistiques, le revenu diminue, les exploitations disparaissent. La réforme n’aurait-elle pas dû être l’occasion d’une remise à plat complète ?».
En tout cas estimait, le président de la Chambre d’Agriculture, Bernard ARTIGUE, le «budget de la future PAC n’est pas calé, et il faut donc être vigilant ».

Lors de la session du 13 avril, en ouvrant son tour d’horizon sur l’actualité, le président de la Chambre d’Agriculture Bernard ARTIGUE a évoqué la crise financière que subit l’Europe.
> Des contre-propositions
Concernant la PAC, il indiquait que les organisations professionnelles ont émis de nombreuses contre-propositions, notamment sur l’alignement des paiements directs, le verdissement ou la régulation des marchés. Mais à ses yeux, le dossier le plus difficile à régler est le cadre financier. «De passage à Paris à l’occasion des 50 ans de la PAC, M. Ciolos (le commissaire à l’agriculture) a indiqué que le maintien du budget agricole en euros courants n’était qu’une proposition de la Commission et que la question du budget de la PAC reste totalement ouverte».
> Rapprocher les territoires et les hommes
Pour ce qui est de l’actualité nationale, le président de la Chambre d’Agriculture a évoqué le succès du dernier Salon International de l’Agriculture avec ses 680 000 visiteurs, ses défilés d’animaux… et d’hommes ou de femmes politiques en campagne ; «le futur président de la République, mais aussi le nouveau Parlement, devront plus que jamais rapprocher les territoires et les hommes, et être le ciment de la cohésion nationale. Cela nécessitera pour la France de tenir des positions fortes, réalistes dans le cadre de la renégociation des politiques européennes, agricole, et régionale».
> Une nouvelle sécheresse ?
Abordant les questions départementales, le président de la Chambre d’Agriculture faisait écho aux préoccupations des éleveurs qui craignent une nouvelle sécheresse. Le déficit de la pluviométrie est de 30 à 50 % selon les secteurs du département. L’inquiétude est particulièrement vive à propos des irrigants du Dropt : le lac de Lescorroux n’est rempli qu’à 20 %. La production locale de maïs doux risque d’être amputée.
> Prix du vin : Insuffisant !
Côté vin, Bernard ARTIGUE a noté le succès de la dégustation des primeurs qui a confirmé la présence «d’un millésime 2011 correct mais hétérogène». «Au-delà de ce marché très particulier qui concerne les grandes étiquettes, les primeurs ne sauraient masquer les grandes difficultés que connaît toujours notre filière viticole bordelaise. Certes, la campagne 2011-2012 est marquée par une hausse des exportations de 23 % et une augmentation des transactions vrac de 4 %. Dans ce contexte, on a enregistré une hausse des prix de 6 % qui porte le prix moyen à 935 € le tonneau sur les 8 premiers mois. C’est un progrès par rapport à la dernière campagne, mais cela reste encore insuffisant pour rémunérer les producteurs, notamment au regard des coûts de production». A propos du Plan Bordeaux, Bernard ARTIGUE a déclaré que «la Chambre d’Agriculture ne se contentera pas de coller des rustines et de regarder passer les trains». Faisant écho à une intervention de Patrick VASSEUR, président de la FDSEA et qui avait ironisé en suggérant la création «d’une Fédération des grands vins à petits prix», il estimait que 935 € "c’est au-dessous du prix de revient d’un vin AOC". Il mettait en cause la stratégie du négoce qui à ses yeux pénalise les producteurs, mais permet à certains négociants de suréquiper leurs chais à des fins de prestige. «On les transforme en véritables Beaubourg pour épater les visiteurs».
> Affaire Leche Pascual : se battre jusqu’au bout
Autre dossier brûlant, celui du lait, ou plus exactement des livreurs à Leche Pascual. Suite à l’action de la profession il a été obtenu que la collecte de la production des 13 producteurs en question soit prolongée jusqu’au 31 décembre. «Il n’est pas concevable de laisser plus longtemps dans le doute ces éleveurs qui ont su développer et moderniser leurs exploitations laitières et sont parmi les plus performants en Gironde. Nous nous battrons jusqu’au bout».
> Vigilance
Pour le dossier de l’eau, la Chambre d’Agriculture travaille à la mise en place de l’organisme unique qui doit gérer les autorisations de prélèvement dans les rivières et les plans d’eau de l’Est du département. On se dirige vers la mise en place d’un service commun des Chambres d’Agriculture du bassin de la Dordogne. Autre domaine où l’institution est vigilante : le foncier dont la gestion est désormais soumise à la CDEA (Commission départementale de la Consommation des Espaces Agricoles). Bernard ARTIGUE a indiqué qu’il a demandé au Préfet que cette instance créée par la Loi de Modernisation Agricole soit également consultée pour tout projet d’implantation de parcs photovoltaïques.
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Jean-Luc GLEYZE, vice-président de l’assemblée départementale en charge de l’économie solidaire, a réaffirmé devant la Chambre d’Agriculture "l’intérêt du Conseil général pour l’agriculture et sont rôle dans le domaine économique, environnemental et sociétal". Il a rappelé que deux conférences –viticulture et élevage- ont été organisées au plan départemental afin de renforcer le dialogue avec la profession, et d’adapter les politiques aux réalités du terrain et au contexte économique.
> Enveloppe viticole consommée
Jean-Luc GLEYZE a confirmé que l’enveloppe de 2 millions d’euros accordée au secteur viticole a été utilisée en totalité. 800 000 € ont été consacrés aux investissements, et il a souligné que le soutien du Conseil Général a, dans de nombreux cas, favorisé des programmes d’équipement réclamant des budgets plus importants. L’aide est également un élément significatif pour des viticulteurs qui appliquent le SME (Système de Management Environnemental). Le département finance également les GDON (groupements de défense contre les organismes nuisibles).
> Prévenir
Jean-Luc GLEYZE a cependant suggéré à la Chambre d’Agriculture de mettre en œuvre des actions de sensibilisation en vue du développement des installations collectives –sous forme de CUMA- de traitement des effluents viticoles. Le département est intéressé par le développement des formules coopératives. Considérant qu’il vaut mieux prévenir que guérir, il a aussi souhaité, eu égard au risque de nouvelles sécheresse, que l’on réfléchisse à de nouvelles productions fourragères. Il propose que l’on dresse l’état des lieux en matière d’eau destinée à l’agriculture, et une mission est confiée à l’ACMG (Association Climatologique de la Moyenne Garonne) dans l’Est du département. Le Conseil général apporte par ailleurs son soutien aux éleveurs laitiers victimes du retrait de Leche Pascual. «La Gironde ne saurait se passer de 7 millions de litres de lait». Côté viande, Jean-Luc GLEYZE a déploré que le département se retrouve sans abattoir.
Concernant la forêt, le Conseil Général entend veiller à ce qu’elle continue à occuper le même espace dans le cadre d’une politique durable.
Le vice-président du Conseil général a rappelé les initiatives prises récemment en matière d’oenotourisme qui ont conduit à la mise en place de quatre groupes de travail, notamment autour du projet «Routes des vins». Sur ce volet des relations de l’agriculture avec le grand public, on notera que la Gironde a fait le choix de s’installer avec la Chambre d’Agriculture au sein du pavillon international de la prochaine Foire de Bordeaux.
La prochaine session de la Chambre d'Agriculture de la Gironde se déroulera le 29 juin à Bordeaux.

